Marco VENTURINI soutient sa thèse le 9 janvier 2026 à 9h30, en Sorbonne, Salle des Actes, 1 rue Victor Cousin, Paris 5e

« Exploring Bitcoin with computational social science methods »

Une thèse menée sous la co-direction de Gianluca MANZO et Flaminio SQUAZZONI (Université de Milan)

 

Le jury est composé de

– Giulia Iori, Rapportrice, Full professor, City St George’s University of London

– Gianluca Manzo, Directeur de thèse, Full Professor, Sorbonne Université

– Flaminio Squazzoni, Directeur de thèse, Full Professor, University of Milan

– Károly Takács, Rapporteur, Full Professor, Linköping University

– Paola Tubaro, Examinatrice, Directrice de recherche, CNRS

 

 

Résumé

Cette thèse étudie l’émergence, l’évolution et les dynamiques internes du Bitcoin en tant que système sociotechnique et économique. Conçu initialement comme une alternative radicale à la finance traditionnelle, le Bitcoin visait à décentraliser le système économique, à éliminer les intermédiaires et à favoriser l’autonomie. Pourtant, plutôt que d’instaurer un nouvel ordre financier, des structures et des modèles similaires à ceux des marchés traditionnels se sont rapidement constitués. Cette similarité croissante soulève donc des questions fondamentales sur les mécanismes qui régissent la trajectoire du Bitcoin, sa pérennité et ses implications pour la finance mondiale. S’appuyant sur un jeu de données répertoriant quinze années de transactions, cette thèse combine analyse de réseau, modélisation temporelle de réseau et modélisation multi-agents pour saisir la complexité du Bitcoin. L’analyse montre que, malgré des fondements idéologiques profondément enracinés dans la décentralisation, le Bitcoin a évolué vers un réseau hautement centralisé et concentré. La richesse, l’activité et l’influence s’accumulent de plus en plus au sein d’un petit groupe d’acteurs, créant des goulots d’étranglement et des dynamiques de stabilisation qui ressemblent aux structures financières traditionnelles. La thèse explore plus en détail les réactions du Bitcoin à l’incertitude et aux chocs exogènes, notamment lors de l’effondrement de Mt. Gox en 2014 et de la pandémie de COVID-19 en 2020. Les résultats indiquent que, si le système s’adapte par la reconfiguration du réseau, ses réponses sont asymétriques : la crise de Mt. Gox a engendré des changements structurels durables, tandis que la pandémie a déclenché des ajustements rapides mais temporaires. Ces derniers ressemblent aux schémas de reconfiguration observés sur les marchés traditionnels et révèlent l’influence croissante de la participation institutionnelle, qui amplifie la volatilité à court terme tout en renforçant la stabilité à long terme. Enfin, un modèle multi-agents calibré empiriquement du trading de Bitcoin démontre comment les comportements au niveau micro, en combinant les préférences de prix et de réseau, reproduisent les tendances de concentration et de centralisation au niveau macro. Ce modèle met en évidence l’influence des interactions en réseau et de la dynamique comportementale sur les asymétries structurelles du système. Dans l’ensemble, la thèse révèle de fortes similitudes entre le Bitcoin et les marchés financiers traditionnels, remettant en question les discours sur la décentralisation et l’autonomie radicale de cette cryptomonnaie. Loin de nourrir une utopie libertaire, le Bitcoin a convergé vers des logiques de marché familières, soulevant des questions sur sa viabilité à long terme, ses risques systémiques et son intégration réglementaire.

 

Abstract

This dissertation investigates the emergence, evolution, and internal dynamics of Bitcoin as a socio-technical and economic system. Conceived as a radical alternative to traditional finance, Bitcoin was designed to decentralise the economic system, eliminate intermediaries, and foster autonomy. Yet, rather than establishing a new financial order, it has quickly developed patterns and structures similar to those of traditional markets. This increasing similarity raises fundamental questions about the mechanisms driving Bitcoin’s trajectory, its sustainability and its implications for global finance. Drawing on a unique dataset of fifteen years of transaction-level records, this thesis combines network analysis, temporal network modelling, and agent-based modelling to capture Bitcoin’s complexity. The analysis shows that, despite its ideological roots in decentralisation, Bitcoin has evolved into a highly centralised and concentrated network. Wealth, activity, and influence are increasingly accumulated within a small set of actors, producing choke points and stabilisation dynamics that resemble traditional financial structures. The research further explores Bitcoin’s responses to uncertainty and exogenous shocks, including the Mt. Gox collapse in 2014 and the COVID-19 pandemic in 2020. Results indicate that while the system does adapt through network reconfiguration, its responses are asymmetric: the Mt. Gox crisis produced lasting structural change, whereas the pandemic triggered rapid but temporary adjustments. The latter resembles the reconfiguration patterns observed in traditional markets and reveals the growing influence of institutional participation, which amplifies short-term volatility while reinforcing long-term stability. Finally, an empirically informed agent-based model of Bitcoin trading demonstrates how micro-level behaviours, by combining price and network preferences, reproduce macro-level concentration and centralisation trends. This highlights how networked interactions and behavioural dynamics influence the system’s structural asymmetries. Overall, the thesis reveals strong similarities between Bitcoin and traditional financial markets, challenging narratives of radical decentralisation and autonomy. Far from nurturing a libertarian utopia, Bitcoin has converged with familiar market logics, raising questions about its long-term viability, systemic risks and regulatory integration.

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