12 mars 2026, Marie TRESPEUCH soutient son Habilitation à Diriger des Recherches à partir de 14h au centre CNRS rue Pouchet, Paris 17ème, salle de conférence (RDC)
Le dossier s’intitule De la morale et du numérique dans le marché : contestation et dispositifs.
Outre la synthèse du parcours (vol. 1) et le recueil de publications (vol. 3), la soutenance sera l’occasion de présenter et de discuter son mémoire original (vol. 2) intitulé La Gestation pour autrui : enquête sur les circuits transnationaux d’un commerce contesté. Voir le résumé ci-dessous.
Le jury sera composé de :
Philip Balsiger – Professeur ordinaire, Université de Neuchâtel (rapporteur)
Laure Bereni – Directrice de recherche, CNRS/CMH
Jeanne Lazarus – Directrice de recherche, CNRS/CSO (rapportrice)
Virginie Rozée – Directrice de recherche, INED
Philippe Steiner – Professeur des universités, Sorbonne Université, GEMASS (rapporteur)
Pascale Trompette – Directrice de recherche, CNRS/PACTE-IEP Grenoble (garante)
Résumé :
La Gestation pour autrui : enquête sur les circuits transnationaux d’un commerce contesté
Le manuscrit original aborde, dans une perspective de sociologie économique, les parcours des parents d’intention français se tournant vers la gestation pour autrui (GPA). Fondée sur des entretiens et des observations menés entre 2023 et 2025, l’enquête revient d’abord sur les origines de ce marché contesté transnational donnant lieu à des différences notables de régulation selon les pays (chapitre 1). Prohibée en France, la pratique est encadrée en particulier en Amérique du Nord où se rend la majorité des aspirants parents. Confrontés à de nombreux intermédiaires (cliniques, agences, etc.) visibles en ligne, les parents-clients se familiarisent avec cette pratique qui les enjoint à faire de nombreux choix et à trouver les financements ad hoc (chapitre 2). Présentée comme une forme d’« économie des singularités », la GPA offre à des acteurs non marchands (associations notamment) un rôle prépondérant pour légitimer les pratiques et guider les parents d’intention vers des acteurs de confiance (chapitre 3). Les enjeux propres de l’appariement avec une donneuse d’ovocytes puis une gestatrice sont abordés dans le chapitre 4 en soulignant l’effet important des formes de dispositifs de sélection (catalogue, médiation par une agence) qui s’avèrent sensibles selon le genre des protagonistes. Le chapitre 5 traite des risques du parcours de GPA contre lesquels la médecine procréative, les avocats et les assureurs cherchent à prémunir conjointement les gestatrices et les parents d’intention, ce qui provoque pour ces derniers des dilemmes moraux et le renchérissement du coût du parcours. Le dernier chapitre, analyse enfin les débats autour des motivations pécuniaires des gestatrices et le rôle que les agences de femmes porteuses jouent dans la prise en charge de l’argent : s’il circule intensément, il est toutefois le plus possible invisibilisé pour rendre les transactions plus acceptables et engager un lien affinitaire, dégagé des préoccupations économiques que les acteurs jugent potentiellement polluantes. En conclusion, le manuscrit souligne l’intérêt d’analyser le rôle des intermédiaires marchands et non marchands sur ce marché contesté, puis il thématise les parcours des parents d’intention comme des « carrières » à la fois déviantes et marchandes ; enfin il propose de revenir sur les formes variées de commerce que la GPA charrie, en invitant à sortir de la dichotomie marché-don par une analyse attentive aux trajectoires et au sens que les acteurs donnent à leurs pratiques.

