20 octobre 2026, Raphaël PITERS soutient sa thèse à 14h, dans la salle de conférences du site Pouchet, 59-61 rue Pouchet, Paris 17e
« Le sens de l’effort. Analyse multiniveau de la valeur travail en Europe (1999-2017) »
Une thèse menée sous la direction de Pierre DEMEULENAERE
Le jury est composé de :
Maëlezig Bigi, examinatrice, maîtresse de conférences, Cnam
Pierre Demeulenaere, directeur de thèse, professeur des universités, Sorbonne Université, directeur de thèse
Emiliano Grossman, rapporteur, professeur des universités, Sciences Po
Camille Peugny, rapporteur, professeur des universités, Université Paris-Saclay
Élise Tenret, examinatrice, maîtresse de conférences, Université Paris Dauphine-PSL
Sonja Zmerli, présidente, professeure des universités, Sciences Po Grenoble
Résumé
Cette thèse examine si la théorie classique de la modernisation décrit correctement l’évolution de la valeur travail dans les sociétés européennes contemporaines. À partir de plusieurs vagues de l’European Values Study et de modèles multiniveaux, elle montre que cette valeur demeure relativement stable entre 1999 et 2017. Cette permanence s’explique peu par les conditions matérielles d’existence. La valeur travail apparaît en revanche profondément inscrite dans la stratification sociale : elle est plus fortement valorisée par les individus issus des milieux d’origine les moins dotés scolairement, y compris lorsque leur propre diplôme, les difficultés économiques rencontrées pendant l’enfance et leur position professionnelle sont pris en compte. Le niveau d’éducation des individus conserve également une association propre avec cette valeur, dont l’intensité varie selon le contexte national. Les écarts entre pays tiennent ainsi à la composition sociale de leurs populations, mais aussi à la variation des gradients éducatifs en leur sein. Le développement ne produit donc pas un recul uniforme de la valeur travail : il accentue les différences entre groupes éducatifs et renforce certaines de ses affinités politiques. Ces résultats invitent à comprendre la modernisation comme une transformation socialement stratifiée de la valeur travail plutôt que comme le déclin général de celle-ci dans les sociétés européennes.
Abstract
This dissertation examines whether classical modernization theory accurately describes the evolution of the work ethic in contemporary European societies. Drawing on several waves of the European Values Study and multilevel models, it shows that the work ethic remained relatively stable between 1999 and 2017. Material living conditions explain only a limited part of this persistence. Instead, the work ethic appears to be deeply embedded in social stratification: it is more strongly endorsed by individuals from less educationally advantaged backgrounds, even after accounting for their own educational attainment, the economic hardship they experienced during childhood, and their occupational position. Individuals’ own level of education also retains an independent association with the work ethic, whose strength varies across national contexts. Cross-national differences therefore reflect both the social composition of national populations and variation in educational gradients within countries. Development does not produce a uniform decline in the work ethic: it widens differences between educational groups and strengthens some of its political affinities. These findings suggest that modernization should be understood as a socially stratified transformation of the work ethic rather than as its general decline across European societies.

