Thomas AMADIEU, La fabrique de l'addiction aux jeux d'argent, Le Bord de l’eau, collection “Pour mieux comprendre”, 2021, 240

Les Français ont été pris ces dernières années d’une véritable fièvre ludique : paris sportifs, poker, lotos, jeux à gratter, machines à sous, le jeu envahit nos quotidiens et nos écrans. Une personne sur deux s’y adonne et chez les plus jeunes le nombre de parieurs est en pleine explosion. Chaque année, ce sont plus de 50 milliards d’euros qui sont misés dans l’hexagone ! Cette habitude de masse a de quoi surprendre quand on sait que les probabilités de gagner frôlent souvent le néant : une chance sur des dizaines de millions pour les jackpots de loteries. D’autant que ce sont les plus démunis qui y perdent le plus d’argent, et parfois davantage – le jeu peut devenir pour les plus exposés une addiction, conduisant aux dernières extrémités ceux qui jouent dans l’espoir vain de « se refaire ».

Pourquoi croyons-nous en nos chances de gagner malgré les pertes répétées ?

On commence à peine en France à prendre la mesure du fléau social du jeu « excessif », qui apparaît désormais comme un problème de santé publique. Mais dans cette affaire l’État ne joue-t-il pas un rôle bien ambigu en laissant proliférer les jeux tout en affichant son souci d’informer de leur dangerosité ? Le « jeu responsable », avatar des concepts de responsabilité sociale des entreprises, n’est-il pas une façon de donner des gages à la vertu tout en permettant à une industrie toujours plus puissante d’envahir nos quotidiens ? Par leur marketing débridé et leurs mécaniques ludiques bien huilées les opérateurs de jeu entretiennent une véritable épidémie d’addiction. Des casinos de Macao au PMU du coin et nos smartphones, ce livre explore ce que l’expansion mondiale du marché des jeux dit de nos cerveaux et de nos sociétés.

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